Dette publique : Sonko accusé de tenir un double discours entre opposition et pouvoir
Dans une tribune, Bassirou Dieng accuse Ousmane Sonko d'avoir berné les Sénégalais en changeant de position sur la dette publique après avoir accédé au pouvoir. Il pointe une incoh

Depuis son accession au pouvoir, Ousmane Sonko serait en train de renier ses propres positions sur la dette publique sénégalaise. C'est du moins ce que soutient Bassirou Dieng dans une tribune remarquée, où il accuse le Premier ministre de tromper les Sénégalais.
Le débat sur la gestion de la dette publique au Sénégal prend une tournure politique inédite. Dans un texte rendu public, l'économiste et analyste Bassirou Dieng pointe ce qu'il appelle une «démystification» d'Ousmane Sonko, leader du Pastef et actuel Premier ministre. Selon lui, le discours tenu par Sonko lorsqu'il était dans l'opposition ne correspond plus à celui qu'il défend aujourd'hui depuis les hautes sphères de l'exécutif.
La controverse est née d'une interview accordée par Sonko à RFI, au cours de laquelle le chef du gouvernement a livré ses explications sur l'état des finances publiques du Sénégal. Pour Bassirou Dieng, ces déclarations contrastent fortement avec les positions que Sonko défendait avant d'arriver au pouvoir. Il y voit une incohérence fondamentale, caractéristique selon lui d'une classe politique qui modifie ses convictions dès lors qu'elle accède aux responsabilités.
Ce type de retournement n'est pas propre au Sénégal. Sur le continent africain, plusieurs dirigeants issus de mouvements contestataires ont, une fois installés au pouvoir, adopté des politiques économiques proches de celles qu'ils combattaient. La contrainte des institutions financières internationales, la réalité des équilibres budgétaires et la pression des marchés obligataires expliquent souvent ces ajustements de posture, même si les opposants et une partie de l'opinion publique les vivent comme des trahisons.
Au Sénégal, la question de la dette est particulièrement sensible. Depuis plusieurs années, la dette publique a connu une progression soutenue, alimentée par les grands chantiers d'infrastructure et les emprunts contractés sur les marchés régionaux et internationaux. La découverte récente d'hydrocarbures a certes ouvert des perspectives, mais elle a aussi renforcé les attentes populaires en matière de transparence et de rigueur dans la gestion des ressources nationales.
La tribune de Bassirou Dieng s'inscrit dans un contexte de vigilance citoyenne accrue. Depuis l'alternance de mars 2024, des voix de plus en plus nombreuses, y compris dans des cercles proches du nouveau pouvoir, commencent à interroger la cohérence entre les promesses de rupture formulées pendant la campagne et les choix effectués une fois aux affaires. La gestion de la dette cristallise ces tensions, car elle touche directement aux marges de manœuvre budgétaires et donc aux politiques sociales.
La réponse officielle du Pastef ou du gouvernement à cette tribune n'a pas encore été formulée publiquement ; la polémique risque néanmoins de s'intensifier à mesure que les premières décisions budgétaires majeures du régime seront soumises au débat national.
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