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Khadim Ba : vingt mois derrière les barreaux, ses avocats montent au créneau

La prochaine étape du dossier dira si la justice sénégalaise entend répondre aux arguments soulevés par la défense, ou si Khadim Ba devra encore patienter avant que son sort soit tranché.

Khadim Ba : vingt mois derrière les barreaux, ses avocats montent au créneau
Khadim Ba : vingt mois derrière les barreaux, ses avocats montent au créneau — Photo : La Rédaction / À l'Heure
Sénégal

Le fondateur de Locafrique croupit en détention depuis octobre 2023, sans que son dossier judiciaire ne connaisse de dénouement. Ses défenseurs réclament désormais sa mise en liberté, invoquant la durée anormalement longue de son incarcération préventive.

Vingt mois. C'est le temps que Khadim Ba, figure de proue de la finance africaine et patron du groupe Locafrique, a passé derrière les barreaux depuis son placement sous mandat de dépôt. Une durée qui interpelle, au regard des standards juridiques en vigueur au Sénégal, où la détention provisoire est censée rester l'exception et non la règle. Pendant tout ce temps, l'homme d'affaires, autrefois habitué des cercles influents du continent, a vécu à l'écart d'un monde qui continue de tourner sans lui.

L'affaire Khadim Ba s'inscrit dans un contexte plus large de mise sous pression des grandes fortunes sénégalaises depuis l'alternance politique de 2024. Le nouveau pouvoir, porté par Bassirou Diomaye Faye et son premier ministre Ousmane Sonko, a affiché dès son installation une volonté de rompre avec certaines pratiques de l'ère Macky Sall, notamment les relations jugées trop étroites entre l'État et certains opérateurs économiques privés. Dans ce climat, plusieurs figures du monde des affaires se sont retrouvées dans le viseur de la justice.

Locafrique, le groupe que dirige Khadim Ba, est l'un des acteurs les plus visibles du secteur du crédit-bail et du financement en Afrique de l'Ouest. Sa mise hors circuit a inévitablement soulevé des questions sur la gouvernance de structures financières qui opèrent à la croisée du public et du privé. Les avocats de Ba soutiennent que leur client n'a pas à demeurer incarcéré aussi longtemps sans que la procédure n'ait abouti à un jugement, et ils fondent leur demande de libération sur cet argument de fond.

La question de la détention provisoire prolongée n'est pas nouvelle au Sénégal. Des voix s'élèvent régulièrement, notamment au sein du barreau et des organisations de défense des droits humains, pour dénoncer un usage extensif de la garde à vue et du mandat de dépôt, perçus parfois comme des instruments de pression plutôt que comme de simples mesures conservatoires. Le cas de Khadim Ba, compte tenu de son profil et de la durée de son incarcération, relance ce débat avec une acuité particulière.

Au-delà du destin personnel d'un homme d'affaires, c'est la lisibilité de l'environnement judiciaire sénégalais qui est en jeu. Pour les investisseurs africains et étrangers, la façon dont les autorités traitent les dossiers impliquant des opérateurs économiques d'envergure constitue un signal fort. Un signal dont la portée dépasse largement les frontières du Sénégal, dans une région où la confiance dans les institutions reste un enjeu de premier plan pour attirer les capitaux.

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