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La filière viande au Sénégal : jusqu’où ira la surenchère ?

Le consommateur ne doit pas être la variable d’ajustement Il faut aujourd’hui poser une question simple : le prix actuel de la viande est-il entièrement justifié par la hausse du coût du bétail, ou une partie résulte-t-elle d’une surenchère le long de la chaîne de commercialisation ?

— Photo : Patrice Serge Sylva / À l'Heure
Contribution

La filière viande au Sénégal : jusqu’où ira la surenchère ?

Le consommateur ne doit pas être la variable d’ajustement

Il faut aujourd’hui poser une question simple : le prix actuel de la viande est-il entièrement justifié par la hausse du coût du bétail, ou une partie résulte-t-elle d’une surenchère le long de la chaîne de commercialisation ?

La question mérite d’être posée avec d’autant plus de sérieux que le kilogramme de bœuf, qui se situait autour de 3 300 à 3 500 F CFA en 2024-2025, atteint désormais environ 4 500 à 4 700 F à la SOGAS ( ce qui est inadmissible et révoltant)et jusqu’à 5 000 ou 5 500 F dans certains points de vente. Pour le mouton, les prix atteignent souvent 6 000 à 7 000 F le kilogramme.

Personne ne nie les difficultés de la filière : crise sécuritaire au Mali, perturbation de l'approvisionnement, transhumance et forte hausse de l'aliment du bétail.

Des professionnels évoquent notamment un sac de foin de 25 kg passé d'environ 2 000 à 9 000 F CFA, autre incongruité que rien ne justifie.

Mais ces difficultés ne doivent pas devenir un blanc-seing permettant à chacun d'ajouter sa marge au prix précédent.

C'est précisément ici que l'État doit regarder de très près le fonctionnement du marché.

Qui prend combien entre l'éleveur et le consommateur ?

Le prix payé par le consommateur résulte d'une chaîne qui va de l'éleveur au foirail, puis aux intermédiaires, transporteurs, abattoirs, chevillards et bouchers.

Or, plus cette chaîne comporte d'intermédiaires, plus le risque de surenchère augmente.

Plus la chaîne comporte d'intermédiaires, plus le risque de surenchère augmente. L'Association des consommateurs du Sénégal a d'ailleurs dénoncé leur poids et demandé un meilleur encadrement du marché.

Il ne suffit donc pas de dire : « le bétail est devenu cher ». Il faut connaître le prix payé à l'éleveur, celui du foirail, les frais réels de transport et d'abattage, ainsi que la marge de chaque intermédiaire et le prix auquel le boucher achète réellement sa viande.

Peut-on vendre moins cher ?

Les données disponibles indiquent que le bœuf se négocie déjà autour de 4 700 F/kg à la SOGAS. Il serait donc imprudent d'affirmer qu'un boucher peut aujourd'hui vendre à 3 500 F/kg sans connaître son prix réel d'approvisionnement.

Mais le boucher peut acheter un animal ou une carcasse et valoriser l'ensemble des produits issus de l'abattage : viande, abats, peau, tête, pieds et autres sous-produits. Il faut donc établir le compte économique réel d'un bovin pour déterminer le véritable coût du kilogramme de viande et la marge réellement possible.

Le consommateur ne doit pas payer la surenchère

Nous ne demandons pas que l'éleveur soit sacrifié. L'éleveur doit être correctement rémunéré, le boucher doit gagner honnêtement sa vie et le transporteur couvrir ses coûts. Mais personne ne doit profiter de l'opacité de la chaîne pour imposer une marge injustifiée au consommateur.

Il faut une véritable transparence des prix

Le gouvernement devrait publier régulièrement une mercuriale permettant de suivre le prix à chaque niveau de la chaîne :

> Éleveur

> Foirail

> Intermédiaire

> Transport

> Abattoir

> Chevillard

> Boucher

> Consommateur final

Pour chaque étape, il faut connaître le prix d'achat, les coûts réels et la marge. Cette transparence permettrait de distinguer la hausse légitime de la spéculation et de réduire les intermédiaires inutiles.

Ne faisons pas du consommateur la variable d'ajustement

Le Sénégal ne peut pas se contenter de constater que le kilogramme de bœuf atteint 5 000 ou 5 500 F et répondre : « c'est le marché ». Lorsque le consommateur ignore le prix payé à l'éleveur et les marges successives, nous sommes aussi face à un problème de transparence.

L'État doit donc agir, non pas nécessairement en administrant arbitrairement les prix, mais en rendant leur formation transparente, en combattant les pratiques spéculatives et en protégeant le consommateur contre les marges abusives.

La viande doit rémunérer dignement celui qui l'élève et celui qui la vend. Mais elle ne doit pas devenir un produit de luxe par l'accumulation des marges. Avant d'accepter de nouveaux prix, exigeons les chiffres : la transparence est la meilleure arme contre la spéculation.

Patrice Serge Sylva journaliste

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