Numérique au féminin : 19 GIE de Saint-Louis et Mbour franchissent le cap digital
Trois ans après son lancement, le projet S@jef a fermé ses portes en mai 2026 avec un bilan concret : des dizaines de groupements féminins et de jeunes désormais dotés d'outils numériques pour exercer leurs activités économiques.

Lancé en 2023 dans deux régions du Sénégal, Saint-Louis au nord et Mbour au centre-ouest, le projet de Soutien numérique en faveur de l'entrepreneuriat des jeunes et des femmes a officiellement conclu ses activités le 21 mai 2026. Financé à hauteur de 220 000 dollars, soit environ 125 millions de FCFA, ce programme a permis à 19 groupements d'intérêt économique (GIE) d'accéder à des services numériques adaptés à leurs besoins entrepreneuriaux. Une initiative qui s'inscrit dans un mouvement plus large visant à réduire les inégalités d'accès aux technologies en Afrique de l'Ouest.
Le choix des zones d'intervention n'est pas anodin. Saint-Louis, ancienne capitale de l'Afrique-Occidentale française, concentre des communautés de pêcheurs, de maraîchers et de commerçantes dont les activités restent largement informelles et peu connectées aux circuits numériques modernes. Mbour, ville côtière en pleine expansion économique, abrite une population jeune et active qui peine pourtant à tirer pleinement parti des opportunités qu'offre l'économie numérique. Ces deux territoires illustrent à eux seuls les fractures persistantes entre le dynamisme des grandes villes et les réalités du terrain.
Au Sénégal, les femmes représentent une part considérable du tissu économique informel, notamment à travers les GIE, ces structures collectives qui leur permettent d'accéder au crédit, de mutualiser leurs ressources et de s'organiser face aux aléas du marché. Malgré leur poids économique réel, elles restent sous-représentées dans l'espace numérique : faible maîtrise des outils informatiques, accès limité aux smartphones et à Internet, barrières linguistiques liées à la prédominance du français dans les interfaces technologiques. C'est précisément à ces obstacles que le projet S@jef a tenté de répondre en proposant des services digitaux pensés pour ces réalités spécifiques.
L'enjeu dépasse largement les frontières sénégalaises. À l'échelle du continent africain, l'inclusion numérique des femmes est désormais identifiée comme un levier majeur de développement économique. Plusieurs études menées sur le continent montrent que combler l'écart numérique entre hommes et femmes pourrait générer des milliards de dollars de revenus supplémentaires. Des pays comme le Rwanda, le Kenya ou le Ghana ont multiplié les programmes d'alphabétisation numérique ciblant spécifiquement les femmes entrepreneures, avec des résultats encourageants sur la formalisation des activités et l'accès aux marchés régionaux et internationaux. Le Sénégal, avec sa stratégie nationale de transformation numérique, ambitionne de s'inscrire dans cette dynamique.
La clôture du projet S@jef pose néanmoins une question centrale : celle de la pérennité des acquis. Former des femmes et équiper des GIE sur une durée de trois ans représente une première étape ; garantir que ces compétences numériques continuent de se diffuser et de s'approfondir sans financement extérieur constitue le véritable défi. Les 19 groupements bénéficiaires portent désormais une responsabilité collective, celle de démontrer que le numérique peut transformer durablement leurs activités économiques et ouvrir la voie à d'autres initiatives similaires dans des régions encore peu couvertes.
La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics et des partenaires au développement pour capitaliser sur les leçons de ce programme et envisager son extension à d'autres territoires sénégalais où l'entrepreneuriat féminin attend encore d'être connecté au monde.
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