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Pastef à l'Assemblée : onze députés soupçonnés de jouer double jeu

La question est de savoir si le parti au pouvoir choisira la voie de la transparence et du dialogue interne, ou si cette affaire se règlera dans le silence des coulisses, loin des regards de ceux qui ont porté Pastef jusqu'à l'Assemblée nationale.

Pastef à l'Assemblée : onze députés soupçonnés de jouer double jeu
Pastef à l'Assemblée : onze députés soupçonnés de jouer double jeu — Photo : La Rédaction / À l'Heure
Société

Au sein du groupe parlementaire de Pastef, des voix s'élèvent pour dénoncer une fracture silencieuse entre la ligne officielle du parti et le comportement réel de certains élus. Un chiffre circule désormais dans les couloirs de l'hémicycle : onze députés seraient en marge de la dynamique majoritaire.

C'est le député Mayabé Mbaye qui a mis des mots sur ce malaise. Selon lui, le groupe parlementaire Pastef ne compterait plus que 119 membres véritablement en phase avec l'orientation politique portée par la formation au pouvoir. Les onze autres, sur lesquels pèsent des soupçons de double allégeance, seraient devenus ce que certains n'hésitent plus à appeler des «taupes», terme fort qui traduit une rupture de confiance entre ces élus et leur propre camp.

Ce type de dissidence interne n'est pas une nouveauté dans la vie parlementaire sénégalaise. Depuis les premières législatures de l'ère multipartite, les groupes majoritaires ont régulièrement dû faire face à des frondeurs, des transfuges ou des élus tentés par des arrangements discrets avec l'opposition ou l'exécutif. Ce qui est nouveau ici, c'est la rapidité avec laquelle la tension se manifeste, alors que Pastef n'a accédé au pouvoir qu'au début de l'année 2024 à la suite de la victoire de Bassirou Diomaye Faye à la présidentielle de mars.

L'enjeu dépasse la simple arithmétique parlementaire. Pour un gouvernement qui a bâti son identité politique sur la rupture avec les pratiques de l'ancien régime, voir émerger des doutes sur la loyauté de ses propres élus constitue un signal préoccupant. La majorité a besoin d'une cohésion sans faille pour faire passer ses réformes, notamment dans les domaines de la gouvernance, de la souveraineté économique et de la lutte contre la corruption, autant de chantiers sur lesquels les attentes populaires sont immenses.

À l'échelle du continent, ce phénomène est bien connu. Des partis qui arrivent au pouvoir portés par une forte mobilisation citoyenne se retrouvent confrontés, une fois aux commandes, aux tentations que génèrent les fonctions et les réseaux d'influence. En Afrique de l'Ouest notamment, plusieurs mouvements réformateurs ont vu leur cohésion s'éroder dès les premières années d'exercice du pouvoir, parfois sous l'effet de pressions extérieures, parfois par simple opportunisme.

La direction de Pastef devra désormais gérer cette crise de confiance interne avec méthode, au risque de fragiliser une majorité dont la solidité est indispensable à la mise en oeuvre du programme pour lequel les Sénégalais ont voté massivement il y a un peu plus d'un an.

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