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Pluralisme politique : et si le Sénégal s'offrait plusieurs partis de la trempe de Pastef ?

Les grandes nations se construisent rarement dans le confort de l’uniformité. Elles progressent dans la confrontation féconde des idées, dans l’émulation des projets et dans la com

Pluralisme politique : et si le Sénégal s'offrait plusieurs partis de la trempe de Pastef ?
Pluralisme politique : et si le Sénégal s'offrait plusieurs partis de la trempe de Pastef ? — Photo : Cheikh Bass Mbacké / À l'Heure
Monde

Le débat sur la vigueur du champ politique sénégalais revient sur le devant de la scène. Dans une tribune remarquée, l'analyste Cheikh Bass Mbacké pose une question dérangeante : que gagnerait le Sénégal à voir émerger plusieurs formations capables de rivaliser avec Pastef en matière d'organisation, de vision et de mobilisation populaire ?

Depuis son accession au pouvoir en mars 2024, Pastef s'est imposé comme une force politique sans équivalent dans le paysage partisan sénégalais contemporain. Le parti d'Ousmane Sonko a réussi ce que peu de mouvements africains ont accompli ces dernières décennies : fédérer une base militante disciplinée, porter un projet idéologique lisible et conquérir l'État par les urnes après des années d'opposition frontale. Cette trajectoire hors norme invite aujourd'hui certains observateurs à interroger non pas la solidité de Pastef, mais le vide relatif qui l'entoure.

L'histoire politique du Sénégal enseigne pourtant que le pays a su, par le passé, entretenir une vie partisane dense. Du Parti socialiste au Parti démocratique sénégalais de Wade, en passant par une constellation de formations de gauche issues des luttes estudiantines des années 1970, le multipartisme sénégalais a longtemps été une référence sur le continent. Mais plusieurs cycles électoraux successifs ont fragilisé l'opposition, dispersé ses énergies et tari ses ressources militantes. Ce rétrécissement du pluralisme effectif est au cœur de la préoccupation exprimée dans la tribune.

L'argument de fond est classique dans la théorie politique : les démocraties les plus robustes ne se bâtissent pas sur la domination d'un seul courant, aussi légitime soit-il. Elles prospèrent dans la confrontation d'idées et la compétition entre projets alternatifs crédibles. En Afrique, des pays comme le Ghana ou le Sénégal lui-même ont démontré qu'une alternance réelle suppose l'existence de partis structurés, capables de gouverner. Or, sans adversaire à sa hauteur, Pastef risque moins d'être contesté sur des bases programmatiques que sur des ressentiments diffus ou des logiques identitaires, ce qui fragiliserait à terme la qualité du débat public.

La question posée par Cheikh Bass Mbacké n'est donc pas un plaidoyer contre le parti au pouvoir. C'est une invitation adressée aux forces d'opposition, aux intellectuels et aux jeunes militants à refonder des organisations sérieuses, ancrées dans les réalités sociales du pays, capables de produire des contre-propositions sur l'économie, l'éducation ou la souveraineté. Le Sénégal a besoin, selon cette lecture, non pas d'un affaiblissement de Pastef, mais d'une élévation générale du niveau de la compétition politique.

La prochaine séquence électorale constituera un premier test : elle dira si de nouvelles forces auront su tirer les leçons de la méthode Pastef pour construire, à leur tour, des machines politiques capables de peser durablement sur les choix du pays.

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