Quand les médias sénégalais noient l'essentiel sous le bruit politique
Faut-il interpeller les médias sur ce débat permanent et souvent stérile qui fait de la logorrhée politique l’un des contenus les plus présents dans leurs espaces, au détriment d’u

Les plateaux de télévision et les colonnes des journaux sénégalais semblent de plus en plus envahis par les joutes verbales entre acteurs politiques, laissant peu de place aux sujets liés au travail, à l'économie ou à la construction nationale. Une tendance que le chroniqueur Ibrahima Khaliloullah Ndiaye, dans les colonnes du quotidien *Le Soleil*, invite à examiner sans complaisance.
Le constat est connu de beaucoup de Sénégalais qui consomment quotidiennement l'information locale : la politique occupe une part démesurée de l'espace médiatique. Les débats se succèdent, souvent autour des mêmes personnalités et des mêmes querelles, sans que le fond des questions de développement soit réellement traité. Cette omniprésence de la parole politique, parfois creuse et répétitive, a fini par s'imposer comme une norme dans le paysage audiovisuel et la presse écrite du pays.
Ce phénomène n'est pas propre au Sénégal. À travers l'Afrique subsaharienne, la libéralisation des médias amorcée dans les années 1990 a certes multiplié les voix et les espaces d'expression, mais elle a aussi ouvert la voie à une course à l'audience qui favorise le spectaculaire et le conflictuel. Le débat politique, par sa nature polémique, capte l'attention ; il est donc devenu un produit facile à fabriquer et à diffuser. Les sujets liés à l'agriculture, à l'artisanat, à l'éducation technique ou à l'entrepreneuriat local peinent à trouver leur place dans ce modèle.
La question posée par Ndiaye touche pourtant à un enjeu fondamental : quel rôle les médias doivent-ils jouer dans une société qui aspire au développement ? Informer sur la vie politique est une mission légitime et nécessaire dans une démocratie. Mais réduire l'actualité à la seule agitation des cercles partisans revient à priver le public d'une vision plus large de ce qui construit une nation, à savoir le travail quotidien des citoyens, les innovations locales, les initiatives économiques et sociales qui façonnent silencieusement le pays.
Les médias sénégalais portent une responsabilité particulière dans ce débat. Le Sénégal dispose d'une presse ancienne et d'un secteur audiovisuel dynamique, héritage d'une tradition d'expression publique remontant à la période coloniale. Cette richesse impose aussi des exigences éditoriales. Choisir de consacrer du temps d'antenne ou des pages à des discours politiques redondants plutôt qu'à des reportages sur les réalités économiques du pays est un choix, et tout choix éditorial a des conséquences sur la manière dont une société se perçoit et se projette dans l'avenir.
La réflexion engagée par cette chronique ouvre un débat que les professionnels des médias, les formateurs en journalisme et les régulateurs du secteur, à l'image du Conseil national de régulation de l'audiovisuel, gagneraient à s'approprier collectivement, à l'heure où le Sénégal cherche à construire un récit national tourné vers l'action et la souveraineté économique.
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