Révision constitutionnelle : 143 voix pressent l'Assemblée d'agir maintenant
Les prochaines heures et les prochains jours au sein de l'hémicycle diront si les députés entendent cet appel à trancher rapidement, ou si la pression en faveur d'un référendum parvient à infléchir le calendrier.

Un groupe de 143 personnalités sénégalaises, parmi lesquelles figurent l'écrivain Boubacar Boris Diop et le cinéaste Moussa Sène Absa, a lancé un appel solennel aux députés pour qu'ils adoptent sans tarder le projet de révision constitutionnelle. Ces signataires rejettent catégoriquement tout nouveau report du processus.
La démarche intervient dans un contexte de vives tensions autour de la réforme. Certaines voix, notamment dans l'opposition et dans la société civile, réclament que la question soit soumise directement aux citoyens par voie référendaire, estimant que la portée des modifications envisagées justifie une consultation populaire. Face à ces demandes, les 143 signataires opposent une fin de non-recevoir, considérant que la voie parlementaire est légitime et suffisante.
Le Sénégal entretient une longue tradition de révisions constitutionnelles par voie législative. Depuis l'indépendance, la Constitution sénégalaise a été modifiée à de nombreuses reprises, tantôt pour renforcer les institutions, tantôt pour adapter les règles du jeu politique aux réalités du moment. Cette pratique a souvent alimenté le débat entre partisans d'une démocratie représentative et défenseurs d'une démocratie directe, plus proche des citoyens.
La présence dans cet appel de figures intellectuelles et artistiques reconnues donne une résonance particulière à la initiative. Boubacar Boris Diop, auteur engagé dont la voix porte bien au-delà des frontières sénégalaises, et Moussa Sène Absa, cinéaste ancré dans les réalités sociales du pays, incarnent un engagement citoyen qui transcende les clivages politiques habituels. Leur mobilisation signale que le débat autour de cette révision ne se limite pas aux cercles partisans.
L'enjeu dépasse le strict cadre juridique. Une révision constitutionnelle touche à l'architecture du pouvoir, aux équilibres entre les institutions et, in fine, aux droits et libertés des citoyens. Dans plusieurs pays africains, des processus similaires ont été source de crises profondes lorsque les procédures ont été perçues comme bâclées ou imposées. Au Sénégal, pays régulièrement cité en exemple pour la stabilité de ses institutions, les modalités d'adoption d'une telle réforme sont donc loin d'être anodines.
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