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« Sa Fitna » : quand un slogan présidentiel est appelé à devenir loi commune

Babacar Diagne prend la plume pour exiger que l'expression popularisée par Bassirou Diomaye Faye dépasse le discours politique et s'impose comme un rempart institutionnel contre l'arbitraire.

« Sa Fitna » : quand un slogan présidentiel est appelé à devenir loi commune
« Sa Fitna » : quand un slogan présidentiel est appelé à devenir loi commune — Photo : A l'heure / À l'Heure
Société

Dans une tribune publiée sur Dakaractu, Babacar Diagne interpelle la classe politique et la société civile sur le sens profond de la formule « sa fitna », associée au président Bassirou Diomaye Faye. Pour lui, cette expression wolof, qui renvoie à l'idée de dignité et d'équité, ne saurait rester un simple ornement rhétorique de campagne. Elle doit, selon lui, se traduire en engagements concrets, opposables aux gouvernants comme aux gouvernés, et protéger les citoyens de toute forme d'abus institutionnel.

La question n'est pas anodine dans un pays où les alternances politiques ont souvent buté sur le même obstacle : la promesse de rupture s'efface progressivement devant la logique de conservation du pouvoir. Le Sénégal a connu plusieurs transitions démocratiques depuis l'indépendance, chacune portée par un idéal de changement, chacune confrontée, tôt ou tard, à la tentation de reproduire les travers qu'elle prétendait combattre. L'appel de Babacar Diagne s'inscrit dans cette mémoire collective, celle d'un peuple habitué à voir les slogans se diluer dans la pratique du pouvoir.

Ce que Diagne réclame, c'est une forme de constitutionnalisation de l'esprit de « sa fitna ». Il s'agit de graver dans les pratiques républicaines, voire dans les textes, l'interdiction de l'arbitraire, la protection des libertés individuelles et la responsabilité effective des agents de l'État. Une telle démarche rejoint des débats plus larges sur le continent africain, où plusieurs pays cherchent à renforcer l'État de droit non pas par des déclarations solennelles, mais par des mécanismes contraignants de contrôle et de sanction.

L'enjeu est d'autant plus fort que le gouvernement de Diomaye Faye et d'Ousmane Sonko est arrivé au pouvoir en mars 2024 sur une vague de contestation populaire, portée en grande partie par une jeunesse exigeante et peu disposée à la patience. Cette jeunesse a payé un prix élevé, entre arrestations, manifestations réprimées et vies brisées, pour faire aboutir une alternance qu'elle espère substantielle. Transformer « sa fitna » en promesse républicaine reviendrait à honorer ce sacrifice et à fixer un cap moral clair pour les années à venir.

La tribune de Babacar Diagne rappelle que les mots des dirigeants n'ont de valeur durable que s'ils se heurtent à des institutions capables de les leur opposer. Une démocratie solide ne repose pas sur la vertu supposée de ses dirigeants, mais sur des contre-pouvoirs vivants et des citoyens vigilants.

La vraie question est désormais de savoir si le pouvoir en place entendra cet appel comme une invitation ou comme une mise en demeure.

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