Un journaliste sénégalais dissèque le scandale des 37 milliards de l'ASER
La parution de *Aveu signé, daté et envoyé* relance inévitablement la question de la suite judiciaire réservée à ce dossier, et rappelle que la mémoire des scandales financiers ne s'éteint pas faute d'enquêtes courageuses pour la maintenir vivante.

Un livre d'enquête sur l'un des dossiers financiers les plus sulfureux du Sénégal vient d'être présenté à Dakar. Son auteur, le journaliste Bachir Fofana, y retrace les contours d'un marché d'électrification rurale dont les irrégularités présumées ont durablement marqué la gestion publique sénégalaise.
C'est devant un public composé notamment d'anciens ministres que Bachir Fofana a officiellement lancé son ouvrage intitulé *Aveu signé, daté et envoyé*. Ce livre plonge au cœur du marché controversé attribué à l'Agence sénégalaise d'électrification rurale, l'ASER, et portant sur une enveloppe de 37 milliards de francs CFA. Une somme colossale dans un pays où l'accès à l'électricité reste un défi quotidien pour des millions de ménages, notamment en milieu rural.
L'ASER a été créée pour répondre à un besoin fondamental : étendre l'accès à l'énergie aux populations éloignées des grands centres urbains. Au Sénégal, le taux d'électrification rurale a longtemps stagné bien en deçà des objectifs fixés par les politiques publiques successives. C'est dans ce contexte de demande sociale forte que ce marché, censé changer la donne, a été attribué, avant de faire l'objet de vives controverses sur sa régularité et son exécution.
Le journaliste Fofana, au terme d'une longue enquête, affirme avoir réuni des pièces documentaires suffisamment solides pour reconstituer la chaîne des responsabilités dans cette affaire. Le titre de l'ouvrage lui-même, *Aveu signé, daté et envoyé*, suggère l'existence de traces écrites compromettantes. Cette démarche illustre un journalisme d'investigation qui, au Sénégal comme ailleurs en Afrique, s'impose de plus en plus comme un contre-pouvoir face aux opacités de la commande publique.
La publication de ce livre intervient dans un contexte politique sénégalais marqué par une volonté affichée des nouvelles autorités de rompre avec les pratiques de mauvaise gouvernance. Les dossiers de gestion douteuse de fonds publics, dont celui de l'ASER, sont régulièrement cités comme symboles des dérives que le pays entend désormais combattre. Dans toute l'Afrique subsaharienne, les marchés liés à l'énergie constituent d'ailleurs un terrain fertile pour les malversations, en raison des montants engagés et de la complexité technique des procédures d'attribution.
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