Xénophobie rampante : le Sénégal face à un dérapage identitaire inquiétant
La question est désormais posée clairement : le Sénégal saura-t-il mobiliser ses ressources culturelles et civiques pour étouffer dans l'œuf une dynamique qui, ailleurs, a conduit à l'irréparable ?

Un discours de rejet visant des ressortissants étrangers, notamment des Guinéens d'ethnie peule, gagne du terrain dans l'espace public sénégalais. Des voix s'élèvent pour sonner l'alarme avant que cette dérive ne s'installe durablement dans les mœurs.
Depuis quelques mois, un phénomène préoccupant s'observe au Sénégal : une rhétorique de stigmatisation dirigée contre certaines communautés étrangères commence à se normaliser dans les conversations publiques, sur les réseaux sociaux comme dans certains cercles populaires. Les Peul Fouta, nom donné aux Guinéens d'ethnie peule établis au Sénégal, constituent la cible principale de ces discours hostiles. Ce glissement, même s'il peut sembler marginal à première vue, interpelle profondément ceux qui observent l'évolution de la société sénégalaise.
Le Sénégal a pourtant construit, au fil de son histoire, une réputation solide d'hospitalité et d'ouverture. Pays de la «téranga», cette valeur d'accueil enracinée dans les cultures wolof et plus largement dans l'ensemble des traditions de la sous-région, il a longtemps servi de terre d'asile et de brassage pour des populations venues de Guinée, du Mali, de Mauritanie ou de Gambie. Dakar, en particulier, s'est développée comme une métropole cosmopolite où cohabitent depuis des générations des communautés d'origines diverses, sans que cela ne soit perçu comme une menace.
La montée de tels discours n'est pas un phénomène isolé. À travers le continent africain, plusieurs pays ont connu des crises xénophobes aux conséquences dramatiques. L'Afrique du Sud reste l'exemple le plus douloureux, avec des vagues de violences répétées contre des migrants africains. Le Ghana et la Côte d'Ivoire ont également traversé des périodes de tensions identitaires liées à la présence de travailleurs étrangers. Ces épisodes rappellent que la haine, une fois banalisée dans le débat public, peut rapidement franchir le seuil du verbe pour entrer dans celui des actes.
Ce qui rend la situation actuelle particulièrement sensible au Sénégal, c'est le contexte de crise économique et de chômage persistant qui fragilise une partie de la population. Dans ces moments de tension sociale, les boucs émissaires sont souvent trouvés parmi les plus visibles, c'est-à-dire les étrangers. Or, les communautés peules, qu'elles soient sénégalaises ou guinéennes, partagent des liens historiques, linguistiques et familiaux qui traversent les frontières héritées de la colonisation. Opposer ces populations revient à nier une réalité humaine et culturelle bien plus ancienne que les États eux-mêmes.
Les défenseurs des droits et certains observateurs de la société civile appellent les responsables politiques, les médias et les leaders communautaires à prendre leurs responsabilités. La parole publique façonne les comportements collectifs ; tolérer un discours de haine au nom de la liberté d'expression, c'est ouvrir une brèche que d'autres, moins scrupuleux, ne manqueront pas d'élargir. La lutte contre la xénophobie ne relève pas seulement de l'éthique, elle est aussi une question de cohésion nationale et de stabilité régionale.
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