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El Malick Ndiaye à l'APF : le multilatéralisme comme bouclier de la souveraineté africaine

La souveraineté des États ne s'érode pas dans les enceintes multilatérales ; elle s'y renforce. C'est la thèse défendue par El Malick Ndiaye lors de la 51e session de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie.

El Malick Ndiaye à l'APF : le multilatéralisme comme bouclier de la souveraineté africaine
El Malick Ndiaye à l'APF : le multilatéralisme comme bouclier de la souveraineté africaine — Photo : A l'heure / À l'Heure
Afrique

Prenant la parole en sa qualité de vice-président de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), le responsable sénégalais a bousculé une idée reçue tenace : celle selon laquelle les organisations multilatérales empiéteraient sur les prérogatives des États membres. Pour El Malick Ndiaye, c'est précisément l'inverse. Le multilatéralisme constitue, à ses yeux, l'un des outils les plus efficaces dont disposent les nations pour affirmer et consolider leur indépendance face aux rapports de force bilatéraux qui leur sont souvent défavorables.

Cette position s'inscrit dans un contexte africain particulièrement sensible. Depuis plusieurs années, un courant souverainiste traverse le continent, alimenté par la défiance croissante envers les institutions héritées de la période postcoloniale. Des pays comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger ont affiché ouvertement leur volonté de se défaire de certains cadres multilatéraux, notamment ceux liés à la France ou à l'Union européenne. Dans ce climat, la parole de Ndiaye prend une résonance particulière : elle revendique non le rejet du multilatéralisme, mais sa réappropriation par les États africains.

Le Sénégal, pour sa part, a toujours entretenu une présence active dans les grandes instances internationales, qu'il s'agisse de l'Union africaine, de la CEDEAO ou de l'Organisation internationale de la Francophonie. Cette tradition diplomatique, héritée des premières décennies de l'indépendance, repose sur la conviction que le poids d'un petit État se mesure davantage à sa capacité d'influence dans les coalitions que dans les confrontations directes avec les puissances. La sortie de Ndiaye s'inscrit dans cette continuité, tout en cherchant à lui donner un souffle nouveau.

L'argument central développé à la tribune de l'APF mérite d'être pris au sérieux. Dans un monde où les grandes puissances redessinent les règles du jeu à leur avantage, l'espace multilatéral demeure l'un des rares lieux où un État africain peut faire entendre sa voix dans des conditions formellement égalitaires. Renoncer à ces espaces au nom de la souveraineté reviendrait, paradoxalement, à s'isoler dans une vulnérabilité accrue face aux dynamiques de domination que l'on prétend combattre.

La session de l'APF qui a accueilli cette intervention rassemble des parlementaires issus de l'ensemble de l'espace francophone, un espace qui regroupe plusieurs dizaines d'États répartis sur cinq continents. Que le Sénégal y porte une voix aussi structurée sur la question de la souveraineté dit quelque chose de la place que Dakar entend occuper dans les débats qui façonneront l'architecture internationale des prochaines décennies.

La réflexion ouverte par El Malick Ndiaye à l'APF appelle désormais une traduction concrète : celle de réformes profondes au sein des institutions multilatérales elles-mêmes, pour que la souveraineté des États du Sud cesse d'y être un principe proclamé et devienne une réalité opérationnelle.

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