Gabon : Oligui Nguema réclame une compensation financière aux pays pollueurs
Le chef de la transition gabonaise monte au créneau sur la scène internationale et exige que les nations industrialisées paient l'Afrique pour la préservation de ses forêts.

Dans une interview accordée au journal français *Le Figaro*, Brice Oligui Nguema a tenu un discours sans détour à l'adresse des grandes puissances économiques mondiales. «Il faut qu'on nous paye, parce que c'est vous qui polluez», a-t-il lancé, résumant en une phrase la revendication centrale de nombreux pays africains dans les négociations climatiques internationales. Une sortie qui intervient dans un contexte où les débats autour du financement de la transition écologique mondiale restent profondément bloqués entre pays du Nord et pays du Sud.
Le Gabon n'est pas un acteur anodin dans ce dossier. Le pays abrite une partie significative du Bassin du Congo, deuxième plus grande forêt tropicale de la planète après l'Amazonie. Cette forêt joue un rôle capital dans la régulation du climat mondial en absorbant d'importantes quantités de dioxyde de carbone. Pourtant, les États qui en assurent la conservation reçoivent des compensations jugées dérisoires au regard des services environnementaux rendus à l'ensemble de l'humanité.
La revendication d'Oligui Nguema s'inscrit dans une longue tradition de plaidoyer africain pour une justice climatique concrète. Depuis les premières grandes conférences onusiennes sur l'environnement, les pays africains font valoir qu'ils subissent de plein fouet les conséquences d'un réchauffement climatique qu'ils n'ont quasiment pas contribué à provoquer. Les sécheresses au Sahel, la montée des eaux en Afrique de l'Ouest, les perturbations agricoles sur l'ensemble du continent en sont les manifestations les plus visibles. Le Sénégal lui-même, confronté à l'érosion côtière et à l'irrégularité des pluies, est en première ligne de ces bouleversements.
Sur le plan diplomatique, cette prise de position intervient alors que le mécanisme de la «perte et préjudice», officiellement acté lors de la COP27 en Égypte en 2022, peine encore à se traduire en transferts financiers effectifs vers les pays vulnérables. Les promesses des pays industrialisés en matière de financement climatique ont régulièrement été renvoyées à plus tard, alimentant une défiance croissante des gouvernements africains à l'égard des engagements pris dans les grandes enceintes internationales.
En réclamant publiquement et sans ambages une rémunération pour la préservation forestière, le président de la transition gabonaise adopte un positionnement qui devrait trouver un écho favorable sur l'ensemble du continent, où la patience vis-à-vis des promesses non tenues s'érode à mesure que les effets du dérèglement climatique s'aggravent.
La question du financement climatique s'annonce comme l'un des principaux points de friction lors des prochaines grandes échéances diplomatiques internationales, et la voix de l'Afrique entend désormais s'y faire entendre avec davantage de fermeté.
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