Mbacké : plus de 2 000 élèves face aux examens sans état civil
Quelque 2 019 candidats au Certificat de fin d’études élémentaires (CFEE) et au Brevet de fin d’études moyennes (BFEM) dans le département de Mbacké passeront cette année leurs exa

Dans le département de Mbacké, quelque 2 019 candidats au CFEE et au BFEM s'apprêtent à composer cette année sans disposer de pièces d'état civil, une situation qui met en lumière les failles persistantes de l'enregistrement des naissances au Sénégal.
C'est l'Inspecteur de l'éducation et de la formation du département qui a rendu publique cette donnée préoccupante. Ces élèves, inscrits aux deux principaux examens de fin de cycle de l'enseignement de base, se retrouvent dans une position administrative délicate : sans acte de naissance ni jugement supplétif en règle, leur participation aux épreuves reste suspendue à des procédures de régularisation dont l'issue n'est pas toujours garantie avant les dates d'examen.
Ce phénomène n'est pas nouveau au Sénégal. Depuis des décennies, les zones rurales et périurbaines, notamment celles situées autour de villes religieuses comme Touba, concentrent des taux élevés de non-enregistrement des naissances. Les raisons sont multiples : éloignement des centres d'état civil, méconnaissance des procédures administratives, priorité donnée par les familles aux cérémonies religieuses sur les démarches civiles, ou encore coût et complexité des jugements supplétifs pour régulariser des situations tardives.
L'enjeu dépasse largement le seul département de Mbacké. À l'échelle du continent africain, l'Unicef et d'autres organisations internationales alertent régulièrement sur le fait que des dizaines de millions d'enfants naissent chaque année sans être enregistrés. En Afrique subsaharienne, ce déficit d'état civil prive des individus d'un accès plein à l'éducation, à la santé, à la justice et au marché du travail. L'absence de document d'identité devient ainsi un obstacle structurel à l'insertion sociale et économique.
Pour les 2 019 candidats concernés à Mbacké, la question immédiate est celle de leur accès effectif aux examens. Les autorités éducatives et administratives sont régulièrement contraintes de mettre en place des dispositifs dérogatoires pour permettre à ces élèves de composer, souvent sous réserve d'une régularisation ultérieure. Mais ces solutions de contournement, aussi bienveillantes soient-elles, ne règlent pas le problème à la racine et laissent ces jeunes dans une fragilité juridique durable.
Le gouvernement sénégalais a engagé, ces dernières années, plusieurs programmes de modernisation de l'état civil, notamment via la numérisation des registres et des campagnes d'enregistrement dans les zones les plus touchées. La récurrence du problème à chaque saison d'examens montre que ces efforts restent insuffisants face à l'ampleur du défi.
La tenue des examens dans les prochaines semaines dira si des solutions concrètes ont été trouvées pour ces 2 019 élèves, mais c'est bien une politique nationale de long terme qui reste attendue pour que la prochaine génération n'ait plus à composer avec cette incertitude.
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