AVC à Touba : l'hôpital Matlaboul Fawzeyni débordé face à une hausse inquiétante des cas
Une vingtaine de patients sont hospitalisés chaque mois pour des accidents vasculaires cérébraux (AVC) au service de neurologie de l’hôpital Matlaboul Fawzeyni de Touba. Une situat

Vingt patients hospitalisés chaque mois pour accident vasculaire cérébral : le service de neurologie de l'hôpital Matlaboul Fawzeyni de Touba fait face à une pression croissante. Derrière ce chiffre, une réalité préoccupante : des moyens insuffisants pour répondre à l'ampleur du phénomène.
L'hôpital Matlaboul Fawzeyni, établissement de référence de la capitale du mouridisme, enregistre en moyenne une vingtaine d'admissions mensuelles pour AVC dans son service de neurologie. Une charge considérable pour une structure dont les capacités en lits et en personnel spécialisé peinent à absorber un tel flux de patients. Le manque de neurologues aggrave la situation, laissant des malades dans des conditions de prise en charge précaires.
L'AVC est une urgence médicale absolue. Chaque minute sans traitement peut entraîner la destruction de millions de neurones, avec des séquelles irréversibles : paralysie, troubles du langage, perte d'autonomie. Au Sénégal comme dans une grande partie de l'Afrique subsaharienne, la prise en charge de cette pathologie se heurte à un double obstacle : l'éloignement géographique des centres spécialisés et la rareté des neurologues. Le pays compte très peu de spécialistes de la neurologie pour une population de plus de dix-sept millions d'habitants, et leur répartition sur le territoire reste très inégale, concentrée majoritairement à Dakar.
Touba occupe pourtant une place à part dans la géographie sanitaire du Sénégal. Deuxième ville du pays en termes de population, elle accueille chaque année des millions de pèlerins pour le Grand Magal, événement religieux qui transforme ponctuellement la ville en l'un des plus grands rassemblements humains d'Afrique de l'Ouest. L'hôpital Matlaboul Fawzeyni, inauguré pour répondre aux besoins de cette métropole religieuse en pleine expansion, porte donc une responsabilité sanitaire bien au-delà de sa zone de chalandise habituelle. Les chiffres enregistrés au service de neurologie reflètent ainsi la pression permanente qui pèse sur ses équipes, bien au-delà des périodes de grand pèlerinage.
À l'échelle africaine, les AVC constituent une menace de santé publique grandissante. Des études épidémiologiques menées sur le continent indiquent que les accidents vasculaires cérébraux touchent des populations de plus en plus jeunes en Afrique subsaharienne, en lien avec la progression de l'hypertension artérielle, du diabète et de l'obésité. Ces pathologies chroniques, longtemps sous-diagnostiquées faute de dépistage systématique, alimentent silencieusement le nombre de cas. La situation de Touba s'inscrit donc dans une tendance continentale, et non dans un phénomène isolé.
Face à cette réalité, la question des investissements en ressources humaines et en infrastructures spécialisées se pose avec acuité. Former davantage de neurologues, augmenter les capacités d'accueil et équiper les services d'urgence en matériel adapté à la prise en charge des AVC sont des priorités que les autorités sanitaires ne peuvent différer indéfiniment.
La situation du service de neurologie de Matlaboul Fawzeyni est un signal d'alarme : sans une politique volontariste de renforcement des plateaux techniques en régions, c'est l'ensemble du système de santé sénégalais qui risque de se retrouver dépassé par la montée en puissance des maladies cardiovasculaires.
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